1962.
Le salaire minimum à l'époque n'atteignait pas 1$ /h.
Drummondville prospère : fin de la construction du Palais de justice, de l'école Jeanne-Mance, du Collège Saint-Bernard, début des travaux de construction de l'école Paul-Rousseau, de l'aréna qui portera plus tard le nom de Marcel Dionne, le neveu de Pauline, l'amie de maman qui travaillait aussi à la Celanese.
Samedi 17 mars 1962, La Tribune
Si personne ne plie... La Celanese en grève à trois heures
"Une réunion montre de tous les employé doit être tenue, cet après-midi à 1h., à la salle paroissiale St-Joseph. On donnera alors les directives aux ouvriers sur les dispositions à prendre lors de la grève qui débutera officiellement 2 heures plus tard."
[...]
"La compagnie a fait parvenir, hier, au domicile de tous ses employés une lettre dans laquelle elle présente sa dernière offre, la même qui fut refusée jeudi après-midi par le comité de négociation.
Le syndicat a qualifié cette manière d'agir de la compagnie qui contourne le syndicat et s'adresse directement aux ouvriers, de scandaleuse."
[...]
"La question du jour est maintenant de savoir combien de temps durera ce conflit ouvrier et quelles répercussion économiques causera à Drummondville la suspension du travail chez le plus gros employeur local."
Lundi 19 mars 1962, La Tribune
Grève à la Canadian Celanese
"Je n'ai pas l'impression que cette grève sera de courte durée. Elle sera longue et il vous faudra du courage pour la traverser. Je vous demande d'être très disciplinés", a déclaré samedi après-midi M. Jean Philippe, directeur régional de l'Union des Ouvriers du Textile, alors qu'il s'adressait à plus de 2000 ouvrier de la Canadian Celanese à Drummondville.
Cette assemblée monstre était tenue à peine deux heures avant que ne débute une grève paralysant cette industrie qui emploie plus de 2500 Drummondvillois.
Des lignes de piquetage ont été formées dès trois heures, samedi après-midi, et demeureront en permanence tant que le conflit qui divise les employés et leur employeur ne sera pas réglé.
On sait que cette grève fait suite à de longues négociations qui avaient été entreprises au mois d'octobre dernier puis rompues définitivement jeudi soir. Samedi le 10 mars, les employés avaient voté dans une proportion de 98,7% en faveur d'une grève si les deux partis n'en venaient pas à une entente.
[...]
"Nous n'avons aucune raison de croire qu'il y aura des briseurs de grève (scabs). Certaines gens vont pouvoir entrer pour des raisons de sécurité. Ils verseront d'ailleurs une partie de leur salaire pour le fond de secours."
[...]
(Le) personnel de bureau aurait la permission d'y pénétrer [dans l'usine]. "Ils vont aller vous préparer la paie que la compagnie vous doit pour le travail de la semaine dernière. Cette paie sera remise jeudi à la barrière."
Le maire Marier se fait conciliateur
S.H. le maire Me Marcel Marier, a offert ses services dans le but de tenter de renouer les négociations entre la Canadian Celanese et le syndicat des Ouvriers du Textile [...]
Jeudi 22 mars, La Tribune
La Canadian Celanese de Sorel serait obligée de fermer
Si la grève persiste durant plus de trois semaines à Drummondville, l'usine de la Canadian Celanese à Sorel devrait tout probablement fermer ses portes, faute de matières premières.
[...]
Les usines de Plessisville et de Coaticook pourraient également être touchées par cet arrêt de travail.
"On n'a pas besoin de personne pour rallier les parties ensemble", déclare M. Jean Philippe aux grévistes
Commentant la rencontre avec les dirigeants de la Celanese dans le bureau du maire, lundi matin, M. Philippe a déclaré : "Nous en sommes venus à une entente sur la température, et nous avons promis au maire de prendre le café à tous les lundis avec lui. Mais c'est tout ! Une des deux partis, et je leur ai dit, devra changer ses positions avant de réouvrir les négociations."
Sur la ligne de piquetage à Drummondville
De nombreux appuis moraux sont parvenus jusqu'à maintenant au syndicat en grève. On note entre autre, l'appui du syndicat de la compagnie Celanese de Sorel, Michel Chartrand du CSN, Fernand Daoust et Union des pétroles et produits chimiques.
Chaque 24 heures voient passer 240 piqueteurs. Ces derniers sont divisés en trois équipes de 10, placés à trois points différents. Ils sont relevés à toutes les trois heures.
De nombreux dons des épiciers ont été cités à l'assemblée d'hier. Ceux qui désirent aller au cinéma gratuitement pourront se procurer des laissez-passer du théâtre Riviera pour les représentations de vendredi et de lundi, en s'adressant au local de l'Union. Le nombre de laissez-passer est cependant limité.
Une messe spéciale pour les grévistes sera chantée à 9h, dimanche matin à l'église St-Frédéric. La ligue du Sacré-Coeur St-Frédéric a organisé cette manifestation.
La fabrique de la paroisse St-Joseph a pour sa part réduit de $25 à $10 le coût de la location de la salle St-Joseph pour le temps de la grève.
Il y aura deux assemblées par semaine pour les grévistes. La prochaine assemblée aura lieu mardi prochain, à 10h. a.m.
On demande à ceux qui se trouvent un emploi de se rapporter au bureau d'assurance chômage où on leur donnera une carte temporaire. "Ne demandez pas votre livre à la compagnie", a souligné M. Dean.
Les pharmaciens de Drummondville offrent un prix d'escompte sur les remèdes brevetés pour les grévistes.
Ceux qui ont des comptes dans les caisses populaires sont priés d'entrer en contact avec leur gérant s'ils connaissent des difficultés financières.
M. Jean Philippe a demandé aux grévistes de commencer à se rendre compte qu'ils étaient en grève et de diminuer leurs dépenses.
27 mars 1962, La Tribune
Verra-t-on une fin prochaine de la grève à la Canadian Celanese ?
La compagnie a demandé à étudier notre rapport [du Syndicat] et nous attendons un coup de téléphone de ces derniers pour nous rendre discuter avec eux" a déclaré M. Philippe.
28 mars 1962, La Tribune
Pour avoir droit au secours les grévistes doivent assister aux deux assemblées hebdomadaires
Une partie des versements sera faite en bons d'épicerie qui ont été acceptés lors d'une assemblée groupant les dirigeants de l'Union et l'Association des épiciers. Avec ces bons on ne pourra cependant pas acheter de la bière et on n'aura pas le droit aux timbres primes. L'Union touchera cependant un escompte lorsqu'elle rachètera les bons des épiciers. "On pourra ainsi étirer un dolla et en donner plus à chacun" a déclaré M. Jean Philippe.
[...]
Selon le directeur régional de l'Union des Ouvriers du textile, il est rare de voir une grève si bien organisée où tout marche si bien.
[...]
M. Jean Philippe se rendra à New York, jeudi, pour préparer l'envoi de secours de grève.
4 avril 1962, La Tribune
Les négociations n'ont pas repris à la Canadian Celanese de Drummondville
On sait que la compagnie avait demandé à étudier un rapport préparé par le syndicat, rapport qui avait d'ailleurs été envoyé au ministère du Travail.
Ce rapport d'une soixantaine de pages indique la position actuelle de l'Union. La compagnie devait par la suite convoquer l'Union s'il y avait lieu de reprendre les négociations. À la suite de l'étude du rapport, la compagnie aurait décidé de demeurer sur ses positions.
Les premiers subsides de grève seront versés aujourd'hui et demain. À l'exception des célibataires, les subsides seront remis en bons échangeables à des épiceries, aux laitiers ou boulangers. Les célibataires recevront leurs subsides en argent.
11 avril 1962, La Tribune
Mercredi le 18 avril 1962, La Tribune
Chez le maire Marier
Les représentants de l'Union des ouvriers du textile ne prendront plus de café
Selon M. Philippe, ces rencontres du lundi étaient de véritables pertes de temps. "Nous nous rencontrons, nous nous regardions, mais nous ne savions pas quoi dire", a-t-il déclaré.
Commencée en matinée, ces rencontres sont par la suite devenues des rencontres d'après-midi, puis la semaine dernière des rencontres de soirée. Elles sont complètement disparues cette semaine.
Me Marier avait prévenu les dirigeants de la compagnie que l'Union ne se rendrait pas sur les lieux pour la rencontre prévue lundi.
L'Union étudie présentement le fait que plusieurs employés en grève, qui s'étaient trouvés un emploi, n'ont pu le conserver à cause du Comité paritaire. Ces employés, qui possèdent un métier avaient trouvé des emplois sur les chantiers de la construction.
Un entrepreneur entre autre a dû renvoyer sept grévistes qui s'étaient placés chez lui, mais que le comité paritaire a refusé.
Plusieurs autres grévistes, soit plus de 300, ont commencé, lundi le cours de l'armée de la survie. La majorité des membres, inscrits au cours de Drummondville, ainsi que ceux inscrits aux cours de Richmond, Victoriaville et St-Hyacinthe sont des grévistes de Drummondville.
[On reconnait sur cette photo à droite avec son foulard blanc Annette Poirier, derrière elle, tête nue avec lunette, son amie Loulou (Anne Couture).]
23 avril 1962, La Tribune
Le revenu net pour le premier trimestre de 1962 différera très peu de celui de 1961, dit le président de la Celanese
M. Palmer a déclaré que l'année 1962 "commençait très bien". "Toutes nos divisions, à l'exception des produits de laine et de soie ont montré une bonne augmentation dans la vente, en regard de la même période l'an dernier.
"Malheureusement un arrêt du travail au plan de Drummondville a réduit sérieusement l'expédition lors des deux premières semaines du premier trimestre, ce qui fait que l'expédition a été légèrement moindre pour les premiers trois mois de 1962 par rapport à la même période l'an dernier.
"Également, bien que le plan de Drummondville alimente normalement le matériel premier utilisé par nos cinq autres plans, nous avons jusqu'à maintenant été capable de continuer à opérer", a déclaré M. Palmer.
M. Palmer a ajouté qu'il était difficile de prédire quels seraient les gains pour 1962 parce qu'il faudrait tenir compte du coût de la grève de Drummondville.
L'usine de produit synthétique a rapporté un revenu net de $3 374 540 soit, soit 2,08 l'action commune pour l'année finissant le 31 décembre ; pour le premier six mois de l'an dernier, le revenu net était de $1 523 684 soit 91 cents l'action.
Note : 3 374 540 $ de 1962 représentent 32 290 130 $ en 1962. Le dollar canadien de 1962 équivaut à 9,57 $ de 2022.
Premier mai 1962, La Tribune
Les grévistes (et les journalistes) sont convoqués à une assemblée pour ce soir
Il était rumeur, hier soir, à Drummondville, que cette assemblée faisait suite à une intervention du ministère du Travail dans le conflit qui paralyse la plus importante usine de Drummondville depuis sept semaines.
2 mai 1962, La Tribune
C'est jour de fête
Fin de la grève à la Celanese
Les ouvriers acceptent les offres de cette industrie du textile de Drummondville
Les employés de la Canadian Celanese, de Drummondville, ont accepté hier soir, par vote majoritaire, de retourner au travail et de terminer ainsi une grève qui a duré près de sept semaines. Selon M. Jean Philippe, directeur régional de l'Union des ouvriers du textile, il s'agit du meilleur règlement de grève jamais survenu dans les usines de textile du Québec.
La question monétaire ,l'une des plus importantes, représenterait une augmentation générale moyenne de 20 cents l'heure, pour les deux années du contrat. Des employés recevront une augmentation allant jusqu'à 30 cents. L'augmentation générale sera de six cents l'heure, la première année et cing cents la seconde. Il y aura également des réajustements dans plusieurs départements.
Le problème le plus difficile à régler dans ces négociations aura été celui de la réduction des heures de travail*, avec pleine compensation.
L'Union a également obtenu un nouveau plan d'assurance-groupe, l'adoption de la formule Rand modifiée, pour la première année, et de la formule Rand en entier pour la seconde, amélioration du plan de vacances, réduction de la période de probation, une rétroactivité de $50 pour tous les employés, changement dans les règlements d'ancienneté, etc.
[...]
L'assemblée a eu un cachet dramatique, hier soir, lorsqu'une quinzaine de grévistes ne se sont pas ralliés à la majorité et ont importuné durant près d'une demi-heure l'orateur. L'un d'eux est même monté sur la scène et a voulu prendre le micro pour expliquer son point de vue alors que le vote avait été pris. Il a été expulsé de la salle par les autres grévistes.
* Les heures sont réduites ainsi : ceux qui travaillent 55 heures travailleront 52 heures et demie la première année et 50 heures l'année suivante ; ceux qui travaillent 50 heures sont diminués à 47 heures et demie et 45 ; ceux de 48 heures sont diminués à 45 heures la première année, et une augmentation de 3 sous de l'heure la seconde année ; ceux qui travaillent 45 heures reçoivent des augmentations supplémentaires de 3 sous, la première année et de deux sous, la seconde.
Voici également les augmentations que recevront des employés de certains département en plus du 11 sous général.
- Arrangeur de métiers, 4¢ première année, 4¢ la seconde
- Examinateur élastique, 4¢ la première année, 2¢ la seconde
- Opérateur pinning, 3¢ la première année, 2¢ la seconde
- Cour, 5¢ la première année, 3¢ la seconde
- Concierge, ascenseur, café, 3¢ la première année, 3¢ la seconde
- Opérateur pinning, 4¢ la première année, 2¢ la seconde [sic]
- Entering division et drawing opérateur, 2¢ la première année, 2¢ la seconde
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