Tirée des limbes
B.29 Marie Alita Annette Poirier
Le vingt et un octobre mil neuf cent vingt quatre, nous, prêtre soussigné, avons baptisé sous condition, Marie-Alita-Annette, née ce jour et ondoyée à domicile, fille légitime de Hector Poirier, cultivateur, et de Léona Joyal, de cette paroisse. Parrain, Bruno Joyal, oncle de l'enfant, marraine Aldéa Joyal, son épouse, lesquels ainsi que le père ont signé avec nous. Lecture faite.
Dans les rites de l'Église catholique, le sacrement du baptême ne peut être reçu qu'une seule fois. Il peut être donné par n'importe qui tant et aussi longtemps que la forme soit respectée, c'est-à-dire verser de l'eau sur le front en disant "Je te baptise au nom du Père, du Fils et du St-Esprit."
Il était très important à l'époque de faire baptiser rapidement pour effacer le péché originel et permettre à l'enfant de devenir enfant de Dieu. Sans le premier sacrement, les âmes des enfants morts ne pouvaient pas aller au Ciel et comme rien ne justifiait qu'ils aillent en enfer, ils se retrouvaient dans les limbes, un endroit flou où il ne passe rien, mais où ils sont privés de la vue de Dieu et du paradis pour l'éternité. Qui voudrait ça pour son enfant ?
C'est pour cette raison que les baptêmes ont souvent lieu le jour même de la naissance ou le lendemain (ce qui pourrait vraisemblablement laisser présager l'heure des naissances) et que les mères n'assistaient pas au baptême de leurs enfants. Aussitôt né, le bébé devait être baptisé.
L’ondoiement est un baptême simplifié utilisé quand on craint ne pas avoir le temps de se rendre à l'église. Le baptême était alors fait rapidement par la sage-femme, le médecin ou un parent lorsque l’enfant était en danger de mort. Si l’enfant survivait, on l’amenait à l’église pour que le curé supplée au baptême, surtout lorsque l'ondoiement était pratiqué par un baptiste non-professionnel. C'est pour cela que l'on parle de "baptême sous condition", c'est-à-dire sous condition que le baptême fait auparavant n'est pas été fait correctement et qu'il n'est pas valable, car on ne peut pas baptiser deux fois.
En réunissant les bribes d'histoires entendues, on peut imaginer la naissance de la petite Annette.
Léona était au jardin lorsqu'elle a ressenti de fortes contractions. Visiblement, son quatrième enfant allait naître. Elle se rend rapidement à la maison, n'a même pas le temps de monter à sa chambre et la petite fille naît sur la table de la cuisine. Le bébé ne va pas bien. A-t-il mis du temps à respirer ? Est-il bleuté ? Son petit coeur s'est-il arrêté ? On s'empresse à prendre un peu d'eau et à procéder au baptême. Qui donc ? Hector devait être là, mais comme à l'époque les hommes n'assistaient pas aux accouchements, il est fort probable qu'une soeur de Léona était à la maison ne serait-ce que pour aider avec les plus vieux au cas où les "Sauvages passeraient". Il ne serait pas étonnant, par contre, que l'ondoiement ait été fait par Hector, l'autorité familiale.
Les limbes ont été remis en question au XXIe siècle jusqu'à être abolis par Benoit XVI en 2007. Comment un Dieu miséricordieux pourrait-Il laisser des enfants si innocents poireauter pour l'éternité dans le néant ?

Commentaires
Enregistrer un commentaire