Passer un savon
Hier, j'ai fait du savon.
Eh ben, me direz-vous. Mais quand j'en ai fait la première fois, Maman m'a raconté que lorsqu'elle était jeune, son père faisait du savon et qu'il en faisait même pour les voisins, car à l'époque la maîtrise de la saponification était un art.
Il avait à l'extérieur une table à feu et une grosse marmite dans laquelle il mettait ses corps gras (probablement du gras animal) et sa soude. Il ne devait pas ajouter d'huile essentielle.
Maman me disait également qu'il ajoutait de la cendre. Il est possible effectivement que la cendre servait de base plutôt que la soude quand les temps étaient plus difficiles ou la soude en rupture de stock. Je serais étonnée qu'elle serve d'exfoliant ou d'agent nettoyant !
Comment ça marche ?
De façon rudimentaire, le processus est très long.
Il faut d'abord de la cendre pure. Qu'est-ce que de la cendre pure ? C'est une cendre qui n'est pas celle que l'on prend dans le poêle à bois, mais une cendre qui est obtenue en ne brûlant qu'une seule essence de bois à très très haute température. Bon, ça marche certainement aussi avec de la centre de poêle à bois, mais ça doit faire un savon "moins propre". On passe la cendre au tamis pour avoir une poudre la plus fine possible. On fait macérer cette poudre dans de l'eau pendant quelques jours. On brasse une fois de temps en temps pour extraire de la cendre tout ce qu'elle a à donner et on attend que le mélange devienne très basique. Quand une plume de poule commence à se dissoudre dans le mélange quand on la trempe, c'est que la potasse est prête. Il reste à la filtrer à travers un torchon.
À cette étape, on a du savon liquide pour le linge. On peut y ajouter de la sauge, de la lavande (bien que je ne crois pas qu'à l'époque il y avait de la lavande ici). (J'imagine qu'on devait ajouter de l'eau, parce que si la plume de poule se dissout, c'est clair que les bobettes de grand-mère aussi !)
Pour le "savon de corps", la recette se poursuit.
On fait chauffer la graisse et on verse le tout dans un dégraisseur pour récupérer que le dessus. On garde le fond pour faire des sauces ! Miam ! Je ne sais pas si mon grand-père avait un dégraisseur, surtout s'il faisait du savon pour les voisins et pour l'année, le dégraissage devient long. Je parierais plus sur son choix du temps de l'année pour faire le savon. Par temps frais, il suffit de laisser la graisse refroidir pour avoir des couches de gras pur figé sur le dessus et du menoum en dessous.
On verse alors la graisse pure dans un chaudron sur une table à feu. On la fait fondre et on y verse le "jus de cendre". On fait bouillir en mélangeant bien. La saponification devrait commencer. On continue de brasser jusqu'à la trace, puis encore et encore jusqu'à l'obtention d'un savon molasse qu'il ne reste plus qu'à mettre en moules ou à le façonner.
On peut vérifier le pH du savon pour s'en assurer. J'ai vu que le jus de chou pouvait être un bon indicateur. Si en y trempant un peu de savon le jus de chou (mauve) tourne au bleu, le savon est prêt.
Cela fait certainement au final un savon qui n'est pas trop blanc (enfin, selon la qualité de la cendre). Remarquez que pour réussir du savon blanc artisanal même avec les produits d'aujourd'hui, ce n'est pas évident.


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