Tornon !

 Vous vous souvenez de ces expressions de nos vieux ?  Il y avait des détournements de jurons d'église, certes, mais il y en avait aussi de délicieux.

Le patois de mon oncle Jean-Marie était celui-là : "Tornon !"

Ma tante Estelle ne disait-elle pas "Soda" ? 

Ma grand-mère ne disait-elle pas que "le yable est aux vaches" ?

Ma tante Flo disait "Saudit" ou "Ben voyons donc".

Mon oncle Gérard "Câlique".

Mon père y allait du "Baptince" quand sa bricole lui donnait du fil à retordre.  Pourtant, il n'était pas trop "broche à foin".  Un bon "Verrat" de surprise ou un célèbre "Joual vert".  Mais rien ne l'amusait plus que d'aller au "sénat" (les bancs du centre commercial où se retrouvaient un groupe de personnes qu'il connaissant) entendre les "péteurs de broue" (les personnes qui fabulent).  Il faut dire qu'il ne s'y trouvait pas de "boss des bécosses".  Il ne s'habillait pas chic pour aller "siéger", mais il s'assurait de ne pas être non plus "boutonné en jaloux".  

Il disait aussi "cette femme a fait la gaffe", faire la gaffe, c'était se prostituer. 

Il disait : "Tu ne t'en souviendras pas le jour de tes noces."

"Ça vient de s'éteindre" (c'est fini, f-i-fi-n-i-ni, fini) 

"On est quel quantième ?" (Quelle est la date d'aujourd'hui ?)

"Vous allez tâter de la guénille" (magasiner des vêtements)

"C'est pas vargeux" (fameux)

"Il n'est pas pissou" (peureux)

"Il avait la fale basse" (avoir l'air piteux)

"Il est sourd comme un potte" 

"Une seineuse" (épieuse)

"Il est viré su'l top" (il est devenu fou)

Mon père et moi nous avions notre proverbe que je grave dans notre arbre généalogique : "Tête de Raymond, tête de cochon"... parce qu'on s'entête souvent par orgueil.

Oh et comme il m'a dit souvent que j'avais des "mains de marde" quand j'échappais quelque chose.  (Il disait "mains de marde" quand il échappait aussi quelque chose !)

La "marde" était bien présente dans les expressions de mon enfance :

"Être fou comme de la marde" (énervé)

"Être plein de marde" (chanceux)

"Coller comme une mouche à marde" 

"Rare comme de la marde de pape"

"Ça ne vaut pas de la marde" (rien)

Sans oublier le célèbre "qu'ils mangent de la marde" !

Quant à ma mère, elle en avait plusieurs et pas que des politiquement correctes :

"Il mouille à siaux".  Quand ça arrivait, il y avait "des p'tits bonhommes" dans la rue.  (Quand il pleut fort, les éclaboussures de la pluie créent comme une armée de petits bonshommes.) 

"Il r'soud" (Il est arrivé de façon inattendue)

"Être amanché comme la chienne à Jacques"

"Il sent la b.o.", expression de ma mère pour dire que quelqu'un sentait "le swing", la transpiration.  Aucune idée de la signification de b.o.  Imaginez une mouche à marde qui sent la b.o. ! Ou pire, qui "sent la tonne" (l'alcool).

 "T'es de bonne heure sur le piton" (être matinal... elle ne me l'a pas dit souvent)

"Avoir la couenne dure" (de l'endurance)

"Il reprend du poil de la bête" (il va mieux)

"Se désâmer" (travailler fort et dur) 

"Ça s'est fait en criant ciseaux" (rapidement)

"L'endormitoire m'a pris" (avoir le besoin de dormir) 

"Tu as les yeux plus grands que la panse" (trop remplir son assiette)

"Il a changé son capot de bord" (changé d'idée) 

 "C'est changé 4 trente sous pour une piasse"

"C'est un gros zéro"

"Il avait le feu au cul" (être fâché... je dois admettre que le mot "cul" était très surprenant dans la bouche de ma mère ; il ne venait que lorsqu'elle se "lâchait loose".) 

Cependant, quand quelqu'un "lâchait une fiouse", ça la faisait bien rigoler.

Tout comme elle méprisait les gens qui "pétaient plus haut que le trou" (prétentieux).

"Ça coûte les yeux de la tête"  

"Va pas bavasser ça"

"J'étais au bout du rouleau" (épuisée)

"Ne rêvez pas en couleur" (ne vous illusionnez pas)

"Ça ne vaut pas une token."

"C'est toute raboudiné" (mal fait en parlant d'un vêtement)

"Ambitionnez pas sul' pain béni", n'exagérez pas.

"Il jette ses choux gras" (Il gaspille)

"Grimper aux rideaux" (s'énerver) 

"Fais pas de train" (bruit)

"Y en mène pas large" (il ne va pas bien)

"Pauvre p'tit rat", disait-elle quand un bébé ou un jeune enfant avait des ennuis.

"Mon p'tit Juif", quand un enfant faisait un mauvais coup.

"M'a t'en faire, moi..."

"Excitez-vous pas le poil des jambes", quand on s'enthousiasmait un peu trop.

"Aurras" pour "Dépêche-toi".  Pire encore un "Aurras, mon p'tit Juif."

"Farme ton gorlot"... surtout pendant les "événements sociaux".  Parce que oui, à l'époque, les avis de décès étaient radiodiffusés et il fallait se taire pour que maman puisse bien les noter. 

"Enwoille, grouille"

"Je vais te serrer les ouïes" (Je ne sais pas ce que ça veut dire vraiment, mais je sais que quand elle disait ça, sa patience était à bout !)

"Excite-toi pas le poil des jambes"

 


"C'est tout un aria", c'est bien compliqué.

 

Si on peut donner la couleur de l'expression d'une personne, il demeure des expressions qui étaient largement généralisées à l'époque de notre enfance :

"Cogner des clous"

"Frapper un noeud"

"Passer la nuit sur la corde à linge"

 "Faire la rumba toute la nuit"

 "Parler à travers son chapeau"

"J'ai mon voyage"

"Avoir de l'eau dans la cave"

"Être tout nu dans la rue" (démuni)

"Se casser la margoulette"

"Se faire enfirouaper"

"Attendre quelqu'un avec une brique et un fanal"

"Paqueter ses p'tits"

"C'est chic and swell"

"Faire la baboune" 

"Avoir du visou"

"Se retrouver les quatre fers en l'air" 

"Se fendre en quatre" (tout faire pour réussir, tout donner)

"Se ronger les sens" (s'inquiéter)

"C'est une autre paire de manches" (c'est différent)

"Virer une brosse"

"Être en queue de chemise" (pas tout habillé)

"Avoir une crotte sur le coeur"

"Être dur de comprenure"

"Être à côté de la track"

"Passer au cash" (recevoir une volée)

"Se laisser manger la laine sur le dos" 

"Se faire couper le sifflet" (se faire interrompre)

"Prendre une fouille", tomber

"Avoir la guédille au nez", rien à voir avec les guédille au homard ! 

Tirer le yable par la queue (avoir des difficultés financières) 


Il y en a certainement de nombreuses autres.  Vous en connaissez ?

En attendant, je "donne ma langue au chat".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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